La loi de la charité, règle d’or de la vie qui engage à l’amour des ennemis, à l’entraide et au pardon.

Si le Livre du Lévitique en son chapitre 24 verset 20 prône la loi du talion en ces termes : « (…), œil pour œil, dent pour dent. Tel le dommage que l’on inflige à un homme, tel celui que l’on subit », les textes liturgiques de ce 7e dimanche du temps ordinaire Année C, rament à contre-courant de cette loi antérieure et suggèrent une nouvelle ; celle de la charité qui engage à l’amour des ennemis, à l’entraide et au pardon. C’est donc bien entendu de cette nouvelle qu’est la loi de la charité, règle d’or de la vie engageant à l’amour des ennemis, à l’entraide et au pardon qu’il est question dans la première lecture et la page de l’évangile de ce jour.

Dans cette perspective donc, David dans la première lecture de ce jour s’avère avoir été très en avance sur son temps. Car, dans ce temps de l’Ancien Testament où la loi du talion battait son plein, David ici par son attitude de pardon et de tolérance vis-à-vis de son propre bourreau, témoigne de façon anticipée de ce que le Christ annonce et enseigne dans la page de l’évangile que nous avons entendu aujourd’hui : « … aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour (…) Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »

Bien que le fait que David n’ait pas permis la mort de son bourreau Saül pourrait être lu ici comme une anticipation à la nouvelle loi, celle de la charité à la lumière de l’enseignement du Christ dans la page de l’évangile de ce jour, il est à noter ici que la marque de Yahvé sur Saül de par l’onction qu’il avait reçue, a aussi contribué à la résolution miséricordieuse de David vis-à-vis de celui-ci.

En effet, dans le judaïsme, le roi, de par l’onction qu’il recevait à son sacre, était perçu comme l’élu de Yahvé, ‘son représentant’ au milieu de son peuple et par conséquent, nul ne pouvait oser ni le toucher, ni le tuer, ni l’injurier. Car quiconque s’aventurait à le faire, portait atteinte à Yahvé lui-même. Et malheur à ce dernier-là ! De ce fait, le roi avait un rôle de chef suprême, de guide du peuple sur le droit chemin de Yahvé, il avait un rôle de médecin et de prêtre. En un mot, le malheur ou bien-être du peuple de Yahvé devrait dépendre de lui et il avait donc l’obligation d’assumer cette charge, parce que non seulement choisi et oint par Yahvé lui-même, mais aussi malheur à lui-même le roi, si d’aventure il se détournait de sa responsabilité. C’est ce qui explique d’ailleurs les propos de David dans la première lecture qui s’énoncent en ces termes : « Ne le tue pas ! Qui pourrait demeurer impuni après avoir porté la main sur le roi, qui a reçu l’onction du Seigneur ? »

Par-delà tout ce qui précède, retenons la nouvelle règle d’or à laquelle l’attitude de tolérance et de miséricorde de la part de David vis-à-vis de celui qui lui faisait la chasse à l’homme, ainsi que l’enseignement du Christ dans la page de l’évangile de ce jour nous invite. Cette règle d’or à laquelle la première lecture et la page de l’évangile de ce jour nous invite, c’est bien entendu la loi de la charité qui engage à l’amour des ennemis, à l’entraide et au pardon.

Il va donc sans dire que le Christ dans son enseignement ou exhortation à la pratique de la loi de la charité ici, voudrait tout simplement nous dire que notre amour dans nos relations interpersonnelles doit être universel sans aucune exclusion ni discrimination. En un mot, le Christ nous invite ici à faire tout le bien possible même à celui ou celle que nous considérons comme un ennemi ; c’est-à-dire ceux et celles qui nous haïssent, qui disent du mal de nous, qui nous calomnient, qui nous critiquent, qui nous agacent, qui nous agressent par toute leur manière de penser, de s’habiller, de prier, de voter, etc. En d’autres termes, la loi de la charité, règle d’or de la vie qui engage à l’amour des ennemis, à l’entraide et au pardon, à laquelle les textes liturgiques de ce jour nous invitent à pratiquer, demande que notre amour inclusif vis-à-vis de ceux qui nous persécutent, de ceux et celles qui s’opposent à nos opinions, de ceux et celles, ainsi que les catégories et groupe de personnes humaines qui ne pensent pas comme nous. En un mot, l’amour de nos ennemis doit aller jusqu’à des actes positifs envers eux.

Dans notre monde actuel où les règlements de compte, la vengeance, la mise en œuvre du malheur ou péril de celui ou celle qui ne pense pas comme nous, la haine, le souhait du malheur de celui ou celle qui nous fait souffrir d’une manière ou d’une autre s’avèrent s’afficher dans nos quotidiens que ça soit au niveau administratif, ecclésial, familial, gouvernemental, professionnel et politique ; le Christ nous invite à ramer à contre-courant de ces traits caractéristiques de la loi du talion, de sorte à prouver que nous sommes en réalité de vrais fils et filles de Dieu qui s’efforcent à imiter leur Père dont l’amour, et pour les justes et pour les méchants est infini et jusqu’au-boutiste : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. »

Prions le Christ, le dernier Adam qui selon Saint Paul dans la deuxième lecture est l’être spirituel qui donne la vie, de nous donner sans cesse de sa vie, afin que nous puissions au quotidien vivre selon la nouvelle loi, celle de la charité, règle d’or de la vie qui engage à l’amour des ennemis, à l’entraide et au pardon. Amen.

Rev. Père Elysée Koffi Banouakon, Sma