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La réalité missionnaire dans la paroisse Marie Reine du Monde de Saoudè se vit essentiellement dans un dialogue permanent avec la réalité culturelle. Le peuple Kabyè est un peuple très ancré dans sa dynamique culturelle. Une vérité qui rend l’insertion de la parole de Dieu en particulier,

et l’activité évangélisatrice en générale parfois très difficile dus aux nombreux points d’achoppement entre l’évangile de Jésus Christ et la culture. A Saoudè, la question de l’inculturation est une nécessité fondamentale. Etablir un dialogue constructif entre la culture et l’évangile est incontournable pour une approche réussie de la mission. Deux points essentiels de tensions majeurs entre la culture et l’évangiles que nous pouvons souligner restent l’intrépide question des funérailles et la mentalité socio-culturelle d’une existence humaine fortement régie par l’être et l’agir des diables.

En pays Kabyè, la question des funérailles est un véritable casse-tête pour l’église. L’exigence des pratiques culturelles avec pour garants de la tradition les oncles avant les enterrements et surtout ceux des femmes fait que l’église a très souvent moins de champs de manœuvre quand il s’agit des funérailles chrétiennes. Si le dialogue a toujours été établi pour trouver un terrain d’entente entre pratiques culturelles et pratiques religieuses sur cette question de funérailles, aujourd’hui le défi majeur est d’arriver de la part des convertis à un changement de mentalité radical et à des convictions fortes dans les valeurs que prônes la foi et les pratiques religieuses.

En effet, c’est justement ce manque de confiance et de foi des convertis qui pose sérieusement problème à l’activité missionnaire. Tout simplement parce que le Kabyè, même converti, sans toutefois s’enfermer dans une généralisation, semble vivre dans un univers socio-culturel gouverné par les esprits diaboliques communément appelés les diables. Toute l’interprétation des faits qui construisent l’existence humaine se fait et se comprend à partir de l’être et l’agir des diables. Ce qui fait que le recours constant aux charlatans, même de la part des convertis, est toujours d’actualité.

La question pastorale fondamentale qui se pose est comment libérer les consciences et surtout celles des convertis de l’emprise psychoculturelle des diables ?

L’une des réponses majeures à ce stade de l’activité pastorale est la mise sur pied d’une catéchèse inculturée. Une catéchèse qui refuse d’être uniquement et purement dogmatique, mais qui en substance articule vérité de foi et réalité culturelle. Parce que tout l’enjeu est de saisir plus nettement par quelles voies la foi, compte tenu de la philosophie et de la sagesse du peuple Kabyè, peut chercher l’intelligence, et de quelles manières les coutumes, le sens de la vie, l’ordre social peuvent s’accorder avec les mœurs que fait connaître la révélation divine. De manière simple, l’objectif, est de proposer une formation religieuse incarnée qui prend chair dans le vécu quotidien du dit peuple. Ce qui fera que le converti ne se sent pas déconnecté de la chose religieuse quand il rejoint son espace culturelle et aussi déconnecté de la chose cultuelle quand il se retrouve dans le milieu religieux. C’est un projet pastoral complexe et exigeant mais qui pourra porter des fruits s’il est réussi.

P. Donald ZAGORE, sma